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El camino al Rocío

 

Le week-end de la Pentecôte sort El Rocío de sa torpeur. Ce petit village de la province de Huelva vit l’un des plus importants pèlerinages de la Chrétienté. Ils sont plus d’un million à venir de toute l’Andalousie  – et de plus loin encore – pour vénérer la Blanca Paloma, la Virgen del Rocío.

 


El Rocío – La dévotion de la Virgen del Rocío remonte au moyen-âge lorsqu’un chasseur - Gregorio Medina de Villamanrique de la Condesa - découvre la statue au creux d’un chêne au lieu-dit la Rocina. Elle y aurait été cachée afin de la soustraire à la vindicte des musulmans… et puis, oubliée. Il est décidé de la ramener à Almonte, distante d’une quinzaine de kilomètres. Au lever du jour, le groupe se rend à l’évidence, la statue a disparu… et il la retrouve à l’endroit même où elle se situait la veille.

On y élève donc un petit ermitage avec le chêne pour piédestal de la Vierge.

En 1649, alors que Almonte subit une épidémie de peste, la population décide d’implorer la Virgen del Rocío afin qu’elle la protège du terrible mal. Elle y consent. Pour la remercier de cette protection, les autorités religieuses lui consacrent le deuxième jour de la Pentecôte. Les pèlerins se rendent alors en procession jusqu’à l’ermitage afin de vénérer la Blanca Paloma. Il est aussi décidé de la ramener tous les sept ans à Almonte  - el traslado -où elle est accueillie comme une reine...qu'elle est. Elle y séjournera neuf mois durant avant de réintégrer son ermitage la semaine qui précède la romería de Pentecostés.
Pour la circonstance, elle revêt la tenue de paysanne... tenue inspirée de celle portée par les dames nobles au cours de leurs voyages dans le courant du XVIIème siècle. Pour la population locale, un des moments les plus émouvants ! 

 

Hermandad matriz

Très vite, les fidèles d’Almonte vont s’organiser pour la circonstance et former une confrérie. Ce sera la première - la Hermandad matriz - et celle à qui revient l’honneur de processionner la Vierge. D’autres naîtront dans la foulée. Villamanrique de la Condesa, Pilas, La Palma del Condado, Moguer, Sanlúcar de Barrameda, Tríana,… pour dépasser la centaine aujourd’hui. La plus lointaine est sans conteste celle de Río de Janeiro.

 

 

Chacune des confréries disposent d’un « local » à El Rocío, un lieu où les pèlerins se rassembleront au moment de la  romería et où ils pourront exposer le simpecado (sans péchés). Il s’agit d’une oriflamme montée sur un chariot richement décoré et tiré par des bœufs ou des chevaux.

 

Un chemin difficile

Depuis leur sanctuaire respectif, les membres des différentes hermandades rejoignent l’ermitage d’El Rocío selon des itinéraires imposés. Itinéraires traditionnels aussi par Los Llanos (Almonte), par Sevilla, par Moguer et par Sanlúcar de Barrameda !

 


Le départ – plusieurs jours auparavant selon l’éloignement - donne lieu à des réjouissances mais aussi – et surtout – à des actes de dévotion. Tout au long du chemin, les pèlerins organisent le campement, récitent le rosaire, chantent, dansent et se reposent… Au matin, la journée débute par un office avant de reprendre la route.

 

 

 


A pied, à cheval, en roulotte, en 4 x 4, tous les moyens sont bons pour atteindre l’objectif final que sont las Marismas del Rocío.

 

 

Itinéraire imposé ! Point de passage obligé pour les confréries de la province de Cádiz, le bac de la playa de Bajó de Guía (Sanlúcar de Barrameda). Et ensuite, itinéraire contrôlé parce qu’il s’agit pour la plupart des confréries de traverser le Parc national de Doñana, interdit à toute personne non autorisée. Le chemin est long, difficile, poussiéreux quand le soleil donne, boueux quand la pluie s’abat.

 

 

Guadalquivir

 

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Entre Sevilla et la mer, plus de pont sur le Guadalquivir. Pas d'autre solution que d'utiliser le bac de Coria del Río pour rejoindre l'autre rive. Près de septante confréries et associations rocieras convergent donc vers cette petite ville, point de passage obligé. Dire que les petites routes sont encombrées est un euphémisme. Pour les habitants, un honneur et l'occasion de faire la fête. Pour les pèlerins, une étape parmi d'autres. Ils ne manquent cependant pas de s'incliner au pied de la Virgen de la Estrella.

 

 

 

Vado de Quema

Itinéraire imposé ! La majorité des Hermandades et associations rocieras empruntent l’itinéraire « de Sevilla ». Durant quatre jours, elles convergent vers el cortigo de Quema, à la sortie du village d’Aznalcázar. Pas de pont non plus sur le rio Guadiamar. Il faut passer à gué.

 

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Le soleil tape dur. Le chemin n’en finit pas. Les chevaux soulèvent des volutes de poussière. Elle colle aux visages marqués par la fatigue des kilomètres déjà parcourus. Les robes rocieras sont maculées. Les bottes ont perdu leur couleur.

 

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Un abreuvoir pour les animaux. Le point marquant de l’itinéraire – El vado del Quema – est proche. On reprend courage. On ressort la guitare, le fifre et le tambour. On frappe dans les mains. On chante. On prie la Blanca Paloma.

 

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Dominant le passage, un petit oratoire à la Virgen del Rocío. Les bouquets de fleurs s’accumulent. Une dernière prière. Un dernier chant. Le grand moment.

Les cavaliers entrent dans l’eau et, au milieu de la rivière, forment la haie. Les piétons s’engagent à leur tour. Les hommes en tête. Les femmes retroussent leur robe autant que faire ce peut. Les néophytes sont baptisés à l’eau de la rivière. Les voilà « Rocieros ». Les bœufs entrent à leur tour, tirant la carriole richement décorée où se dresse le Simpecado. L’émotion est à son comble. On se congratule. On s’embrasse. On chante. On prie. On continue son chemin… que déjà une autre hermandad se présente.

El Rocío est encore loin.

 

 

 

Villamanrique de la Condesa

Quelques kilomètres plus loin, Villamanrique de la Condesa, petit village sevillan mais le plus ancien à honorer la Blanca Paloma. Autre point de passage obligé et haut lieu de los caminos rocieros

 

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Chacune des hermandades se doit de gravir les sept marches du porche de l'église Santa María Magdalena sous les applaudissements des pèlerins... et des visiteurs chaque année plus nombreux. Quelques instants et déjà l'on reprend le chemin vers El Rocío.


 

 

Le bout du chemin

Vannés, fourbus, sales, les pèlerins foulent enfin le sable del Rocío. Avant même de rejoindre le siège de la Hermandad, ils se rendent à la Ermita. Ils se recueillent devant celle pour qui ils ont parcouru ces dizaines de kilomètres, celle pour qui ils ont dansé, chanté, prié... celle pour qui ils ont peu dormi. Ils la regardent, la Virgen del Rocío qui posent sur eux son regard condescendant. Émotion et joie fusionnent ! Voilà le bout du chemin. Les larmes laissent des sillons sur les visages poussiéreux. Ils se serrent, se congratulent, s'embrassent,... 

 

 

 

Dès le vendredi soir, toutes les confréries rassemblées par ordre d’ancienneté saluent la Vierge. Durant plusieurs heures, les confréries, simpecado en tête, passent devant l’ermitage aux portes grandes ouvertes sous le regard protecteur de la Blanca Paloma.

 

 

Les tamboríleros marquent le pas au son du fifre et du tambour aux couleurs de l’Andalousie, vert et blanc.

Le dimanche, on se rend visite entre fidèles avant le rosaire… et surtout on se prépare pour la longue nuit.

 

 

Le soir tombe. De ci, de là, un tamboril précède l'oriflamme d'une hermandad de retour en son siège rocíero. Des fusées éclatent dans le ciel. Le vent soulève des volutes de poussières et de sable. Les simpecados sont éclatants sous les lumières. 

 


Minuit ! La foule se fait plus dense. Elle se dirige vers l'ermitage qui a perdu de son lustre. Plus de sièges. Une épaisse couche de sable couvre le sol d'habitude si propre. Les jeunes membres de la hermandad d’Almonte se pressent aux grilles du choeur. Ils s'asseyent en attendant le grand moment. Des bouteilles d'eau circulent. Une dame s'agenouille et prie face à la "Blanca Paloma".

 


La foule gonfle de plus en plus. Des cordons de sécurité humains se forment afin de garantir la sortie de la Vierge. Ceux qui ne bénéficient pas du privilège de pouvoir porter le paso, tentent le coup de force. Les fidèles sont ballottés en tout sens. Un cri ! Une dame s'est évanouie. Elle est portée à bout de bras.

Deux heures ! Le gonfalon de la Hermandad matriz n'est pas encore de retour du rosaire qu'elle préside. La tension monte. Les minutes s'égrènent et toujours rien. Un fifre et le tambour ! Le grand moment est proche. Le gonfalon entre dans l'ermita. Le signal est donné.  

 

 

Trois heures trente ! Les jeunes Almonteños sautent les grilles - « el salto de la reja » - tandis que d'autres résistent tant bien que mal à la pression d'une jeunesse frustrée de ne pouvoir porter la Vierge. Des cris, des "vivats", des applaudissements, des prières, des signes de croix,...  La voilà enfin offerte à la dévotion populaire.

 


Le paso passe de mains en mains dans une progression anarchique. Les fidèles se poussent, se tirent, se piétinent, tendent le bras, tentent de toucher la statue.

 


Elle se retrouve en équilibre instable. Cris, ordres, réajustement et elle repart dans son périple. Elle vient saluer chacune des hermandades situées sur son itinéraire. Le prêtre qui tient la charge de chacune d'entre elles réclame la Vierge. Elle approche, recule, va de gauche et de droite selon les mouvements de foule. Il entame une incantantion couverte par le brouhaha ambiant. Les pétales de fleurs volent à poignées. Ce n'est plus la statue qui vient saluer les fidèles mais la Vierge elle-même. Ils lui parlent comme on parle à une amie, à une confidente, à une mère.

 


Une voix s'élève pour une saeta (chant dédié à la Vierge). Elle vient du coeur. Elle vient des tripes.

 


Dans l'église, certains ramassent une poignée de sable qui a vu le passage de la Virgen del Rocío.

 

Le soleil se lève. La foule est toujours aussi dense. La Vierge progresse. Les « Viva la Blanca Paloma » marquent son passage. Les yeux sont gonflés. Des larmes créent des sillons sur les joues poussiéreuses…

La Vierge retrouve son chœur. Les pèlerins chantent car ici, le chant est une prière. Ils se signent une dernière fois avant de repartir pour le chemin inverse selon le même itinéraire.

 


Incroyable ! Impressionnant ! Il n'y a pas de mots pour expliquer cette dévotion. Il faut la vivre au milieu de la foule. Avoir les pieds écrasés par la masse, être comprimé par la masse, être ballotté par la masse, être parmi la masse, faire partie de la masse.

 

2016, une année noire…

 

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… comme le ciel andalou de ce début du mois de mai. De mémoire de romeros, jamais autant d’eau n’était tombée sur la route del Rocío. Du Nord, du Sud, de l’Est ou de l’Ouest, personne n’est épargné. La boue colle aux bottes, aux jambes des chevaux, aux roues des roulottes. Les trombes d’eau se succèdent à un tel rythme que les rares éclaircies passent inaperçues. La bâche des roulottes n’offre qu’un piètre abri aux pèlerins. Les capes dégoulinent de l’eau du ciel. Les zones départies au campement ne sont que fange et gadoue. Difficile d’y trouver un endroit sec pour y dresser la tente.

Pourtant, rien ne peut démotiver les camineros, plus nombreux que jamais. Nuestra Señora del Rocío, la Reina de la Marisma, la Blanca Paloma les attend au bout du chemin. Les conditions météorologiques ne sont pas un obstacle. Ne dit-on pas que la Foi déplace les montagnes ?  Les castagnettes, la guitare, le tambour et la flûte donnent vie aux longues colonnes des Hermandades. Ils accompagnent les cantiques à la gloire de la Vierge.

Les jours passent. La pluie stagne dans le ciel andalou. Les équipes de coordination doivent prendre des mesures d’exception. Le Vado de Quema n’est plus un gué mais une rivière sauvage. Pour la première fois de son Histoire, ce haut-lieu du pèlerinage doit être délaissé. Aux larmes du ciel, s’ajoutent les larmes des romeros. Bon gré contre mauvaise fortune, qu’à cela ne tienne ! On chantera plus fort pour que les notes se perdent au-dessus de la rivière.

La Aldea est en vue. Le bout du chemin ! Pompes, bulldozers, camions travaillent sans relâche pour la rendre praticable. Des tonnes de sable recouvrent la boue. El Rocío retrouve peu à peu le visage qu’on lui connaît en cette fête de Pentecôte. Le soleil pointe le bout du nez. Les moments forts de la romeria se dérouleront dans la joie, la fraternité, la convivialité et la Foi.

 

Saviez-vous que...

Pour el traslado lui-même, la Blanca Paloma aura les yeux bandés par le pañito (le pañito actuel est l'oeuvre de l'artiste Alberto Vega) avant d'être recouverte d'une grande housse de toile afin qu'elle soit protégée de la poussière du chemin (quinze kilomètres). L'Histoire raconte que le chasseur qui l'avait trouvée eut l'idée de lui bander les yeux lorsqu'il décida de la ramener une seconde fois à Almonte afin que, cette fois, elle ne puisse retrouver son chemin.

La Virgen del Rocío, comme une reine, dispose de femmes de chambre ou d'habilleuses, les camaristas. Un rôle impoprtant dans la préparation de la romeria et surtout du traslado.

Les chorales ne voudraient rater pour rien au monde la Noche de Guardia. Pour l'occasion, elles se rassemblent dans l'ermita et prient (en chansons). Un monde fou ! La place manque. A peine si le guitariste peut jouer de son instrument. A peine si le chœur peut entamer son hymne.

Seuls, les Almonteños peuvent convoler en justes noces sous l'oeil bienveillant de la Blanca Paloma. Plus qu'un honneur, il s'agit là d'une consécration.

(Merci à Chrystel pour m'avoir permis de découvrir d'autres particularités de ce pèlerinage tout à fait... envoûtant.)

 

Pour plus de renseignements

 

 - www.hermandadmatrizrocio.org

 - www.almonte.es

 - www.rociojubilar.net

 - rocioycofrade.blogspot.com.es

 



17/12/2013
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