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¡ Lo he hecho ! (Je l’ai fait !)


 

 

Nombreux sont les groupes de sevillanas qui chantent en l’honneur de la Virgen del Rocío, la Reina de la Marisma, la Blanca Paloma. Un Espagnol - certainement un Andalou -, se doit de participer à la Romeria del Rocío. La Romeria de Pentecôte est une chose mais el Camino (le chemin) en est une autre. Pour la première fois, j’ai fait le chemin, ce fameux Camino à travers el Coto, le Parc national de Doñana.

 

 

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El Rocío – La chanson dit que le Chemin débute au pas de la porte de sa maison.

Non ! Bien avant !

El Camino débute au moment où l’on prend la décision de l'emprunter.

El Camino débute au moment de préparer la carreta (roulotte).

El Camino débute au moment de boucler les bagages.

Et puis, seulement, on passe le pas de la porte !

 

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La Vierge ne sera processionnée dans la Aldea que dans une semaine et déjà les pèlerins de Chiclana s’apprêtent à prendre la route. Une messe solennelle en la paroisse de San Telmo et les voilà parcourant les rues de la cité accompagnés d’une foule qui grossit au fil de la progression.

 

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Aujourd’hui, je ne suis plus spectateur. Aujourd’hui, je ne suis plus sur le bord de la route.  Aujourd’hui, je suis pèlerin. J’arbore autour du cou, la médaille de la Hermandad. J’ai coiffé le sombrero. J’ai chaussé les bottes camperas. Je suis le Simpecado dans sa carreta de plata (charrette d'argent). Je suis les notes du tamboril. Je suis prêt pour el Camino. Je suis impatient de découvrir ce chemin mais les doutes m’envahissent aussi. Que va bien faire un étranger dans cette galère, perdu au milieu des rocieros de longue date ?

 

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Je me fais discret mais ils me font une place parmi eux. Je me tais mais ils m’interpellent. Je me fais petit mais ils m’ont proposé l’avant de la carreta. Sur la route qui nous mène à Sanlúcar de Barrameda, les gens nous saluent qui de la main, qui d’un pouce levé, qui d’un coup de klaxon,… Une façon pour eux de nous rejoindre, si pas de corps, du moins en pensée.

 

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La route s’achève ici ! Maintenant le sable ! La playa de la Pileta de Sanlúcar de Barrameda et l’estuaire du Guadalquivir. Le soleil descend à l’horizon. Il est temps de s’occuper des chevaux et des mules, de monter la tente, de dresser la table.

Minuit, le rosaire avant de se coucher.

Demain est un autre jour.

 

 

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La arena del Camino (le sable du Chemin)

Courte nuit !

La guitare, le fifre et le tambour l'ont rythmé jusqu'aux aurores. Les chants et les sevillanas aussi !

Le soleil pointe à l’horizon.

Le tamboril fait office de réveille-matin.

Le ton est donné.

Il faut s’extirper de son sac, de sa tente.

La fraîcheur du bord de mer me prend à froid.

Les conditions sont spartiates.

La toilette sera vite faite.

L’odeur du café chaud m’attire comme un aimant.

Une tasse, une tostada, un jus d’orange… La journée commence bien.

Il faut replier bagages… vite.

L’office du matin sera rapide.

Le bateau nous attend.

El Coto nous attend.

 

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La colonne s’ébranle.

En tête, les cavaliers.

Suit le Simpecado dans sa carreta de plata.

Les pèlerins l’entourent.

 

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Aux fenêtres, les rideaux s’écartent.

Sur le bord de la route, les gens se signent.

Les enfants sont sortis de leurs classes. Ils frappent dans les mains. Ils reprennent en chœur les chants de dévotion à la Vierge.

 

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Bajo de Guia. Un monument rappelle un moment fort de notre pèlerinage. Les bacs sont en bord de plage. La Guarda Civil se charge de séparer les pèlerins des simples spectateurs. Maintenant, nous sommes entre nous. Nous embarquons. Nous traversons le Guadalquivir.

Enfin, el Camino !

 

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Déjà, les pieds s’enfoncent dans le sable fin.

Déjà, un nuage de poussière marque nos premiers pas.

Déjà, je comprends que ce ne sera pas une simple promenade dans la nature.

Déjà, je me remémore les paroles de certaines chansons.

 

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Fort heureusement, la large couronne des pins parasols offre un peu d’ombre. Il faut en profiter.

La bouche est sèche.

Le nez est sec.

Les yeux sont secs.

Nous progressons lentement mais sûrement au pas des mules qui tirent la carreta du Simpecado.

 

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Midi ! L’heure de l’Angélus !

Réunis autour du Simpecado, le Padre Alberto entame l’oraison.

Minutes de recueillement.

Minutes de repos.

Un verre d’eau, un morceau de jambon – iberico comme il se doit - et je reprends la marche.

Mes bottes ont perdu leur teinte.

Le sable me colle au visage.

Un petit groupe se forme.

Chacun raconte ses anecdotes.

Je n’ai rien à raconter.

J’en suis à mon premier Camino.

Ils sont curieux.

Ils veulent savoir pourquoi je m’impose cette épreuve… parce que c’en est bien une.

Un choix réfléchi.

Cette année, j’ai passé le cap de la soixantaine. Mon épouse me proposait un voyage pour célébrer l’événement. Mon choix… el Camino ! Cette année, je voulais faire el Camino ou plutôt vivre el Camino.

 

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Nous rejoignons les abords du palais de Marismilla.

La Hermandad de La Linea de la Concepción nous précède. Elle est notre marraine. La rencontre des Simpecados s’impose. Ce sont aussi des retrouvailles entre vieux amis. Moi, je reste en retrait. Je ne connais pas (encore) ces gens.

Il est temps de casser la croûte.

 

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Pepa a vite fait de sortir le bec à gaz que déjà les odeurs de plats caseros envahissent la plaine.

Police, Guardia Civil, Protection Civile, service de secours,… nos anges gardiens viennent aux nouvelles. Nous ne sommes pas vraiment seuls.

 

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Nous reprenons notre progression, le ventre plein.

Toujours ce sable à mi-cheville.

Toujours ce sable qui colle à la peau.

Toujours ce sable qui s’insinue partout.

Les mules avancent de leur pas régulier, peu importe l’épaisseur du sable.

Les heures passent.

Je ne vois pas le bout du chemin.

Le soleil se teinte de rouge et je ne vois toujours pas le bout du chemin.

Les moustiques se réveillent.

Les moustiques nous harcellent.

Au sortir d’un virage, des tentes sont déjà dressées.

Nous y sommes… pour une nouvelle courte nuit !

 

 

Un grand moment

Le troisième jour est attendu par d’aucuns.

« Aujourd’hui, c’est une journée spéciale. Cinq Simpecados seront réunis pour l’Angélus, ceux des hermandades de Arcos de la Frontera, San Fernando, Ceuta, Chipiona et bien sûr, Chiclana. Une idée de notre Antonito.»

« Aujourd’hui, c’est la journée la plus difficile avec la traversée de la dune. »

Chacun  y va de ses conseils.

Je me suis soigné les pieds, meurtris par un premier jour de marche dans ce sable qui râpe comme du papier de verre.

 

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L’office du matin terminé, les premiers pas sont pénibles. Les jambes sont raides, les muscles endoloris et les pieds douloureux.

Toujours ce nuage de poussière aux abords du Simpecado. Sur le côté du chemin, le sol est un peu plus ferme, la marche plus aisée.

Le soleil est déjà haut dans le ciel.

La soif est bien présente mais la carreta est loin derrière. Il faudra patienter jusqu’à l’Angélus… la bouche sèche.

 

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Parmi les pins, une clairière accueille déjà deux Simpecados. Nous les rejoignons et attendons les hermandades qui nous suivent.

Abrazos muy fuertes. Pour certains, ce sont les retrouvailles, un an plus tard. On a tant de choses à se raconter. Je reste toujours en retrait. Mes souvenirs ne datent que de deux jours. Les ecclésiastiques dirigent la prière avant que deux jeunes enfants juchées sur le même cheval chantent en l’honneur de la Virgen del Rocío mais surtout en l’honneur de leur maman, absente cette année. Les larmes creusent des sillons dans la poussière collée sur les visages.

 

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Tambours et fifres ponctuent les sevillanas dansées dans l’épaisse couche de sable. Artistique, certainement pas mais le cœur y est. N’est-ce pas le plus important ?

Cette clairière et maintenant la dune, cette fameuse dune que d’aucuns attendent depuis un an, cette fameuse dune que d’autres craignent… à raison.

 

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Les hermandades reprennent le chemin dans l’ordre des préséances.

Le pas n’est plus aussi assuré.

Les pins ont disparu.

Le soleil est au zénit.

Les pieds s’enfoncent toujours plus profond dans le sable.

Je trébuche.

Le Simpecado me rattrape. Les mules ne se soucient pas de la profondeur du sable. Elles avancent de leur pas régulier. Je m’accroche à la main courante. Je tente de soutenir le rythme mais mes pieds ne suivent plus. Je dois lâcher prise et continuer à mon pas.

 

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Une halte bienvenue et pourtant, je ne m’arrête pas. Je compte prendre un peu d’avance pour dominer le site – du haut de la plus haute dune – et voir passer le Simpecado. Mon attente n’est pas déçue.

Il est quinze heures passé et nous n’avons toujours pas mangé si ce n’est du sable et de la poussière. Peu importe la faim. Peu importe la fatigue. Le spectacle est à la hauteur de toute espérance.

 

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Au passage, une reproduction de la Virgen del Rocío borde le chemin. Elle rappelle que durant près de quatre siècles, les sanluqueños ont vécu des richesses du parc en préparant du charbon de bois. Raison pour laquelle, ce sable laisse des traces noires sur les visages.

 

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Ce soir, nous dormirons au pied du Palacio de Doñana… parmi les chevaux, les mules, les sangliers et les moustiques.

Les jambes et les pieds sont douloureux.

Les yeux tombent de sommeil.

Il est minuit, l’heure du rosaire.

 

 

La fin du Chemin

Enfin, la dernière étape.

Une longue ligne droite parmi une végétation basse.

Au bout du chemin, la Aldea, la Ermita, la Virgen del Rocío.

Les femmes ont revêtu leurs plus beaux atours malgré le sable et la sueur.

 

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Le Palacio de Doñana est derrière nous et devant, un long trait jaune comme tiré au cordeau.

Comme un automate, je mets un pied devant l’autre sans plus chercher une voie plus facile.

Ce sable, encore ce sable, toujours ce sable…

Celui qui n’a pas fait le Camino ne peut s’imaginer ce que c’est.

Le sable, j’en ai assez.

Finissons-en !

Je ne m’arrête plus.

 

Mais il est midi, l’heure de l’Angélus.

En ce dernier jour, les nouveaux rocieros vont être baptisés.

Je vais être baptisé.

 

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J’ai choisi mon parrain et ma marraine. Antonito a été Hermano mayor durant huit années et reste très impliqué dans la vie de la Hermandad. Pilar est l’une des fondatrices de la Hermandad de Chiclana.

L’eau est rare. Ce sera au vin… de Chiclana, bien sûr.

Entre les bras de la carreta du Simpecado, je reçois mon nom de baptême. Dorénavant, je m’appellerai « Peregrino del Camino »

Le breuvage coule sur mes cheveux (clairsemés) et sur la médaille que je tiens dans les mains en forme de coupe. Je bois quelques gouttes. Mon parrain et ma marraine me serrent dans leurs bras, m’embrassent. Maintenant, je ne suis plus un guiry chiclanero. Je suis un Hermano. Je suis un rociero. Je suis un des leurs.

 

Dernière (longue) ligne droite.

Et encore, et toujours ce sable !

 

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Au loin, la ermita.

Le but est proche… et si loin quand les pieds sont meurtris.

Je continue à mettre un pied devant l’autre.

 

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Un ruisseau, une grille ouverte.

Nous quittons el Coto. 

 

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Quelques kilomètres encore, les derniers.

Ceux qui ont choisi de faire le chemin dans les carretas rejoignent les marcheurs.

Un dernier virage... dans le sable et nous voilà face à la ermita.

On réunit nos dernières forces.

 

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Les premières notes des sevillanas rocieras montent vers le ciel et emportent tout ce petit monde vers la Virgen del Rocío. La foule de pèlerins est déjà importante. Tous, nous communions en silence ou en chansons, au repos ou en dansant, au calme ou dans la cohue.

Je reste en retrait. Je ne chante pas. Je ne danse pas. J’ai l’odeur du sable dans le nez. J’ai le goût du sable dans la bouche. J’ai la trace du sable sur la peau. J’ai les stigmates du sable aux pieds. Les anciens me serrent dans leurs bras. L’étreinte est chaleureuse. L’étreinte est sincère. L’étreinte est andalouse.

Derrière nous, el Camino.

Lo hemos hecho.

Lo he hecho.

 

 




03/07/2018
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